Quels enseignements tirés des élections législatives partielles du 6 juin 2010?

Après le ministre de l’Intérieur, le tour est revenu à la Cour Constitutionnelle de procéder le 11 juin à la proclamation des résultats des élections législatives et sénatoriales partielles du 6 juin. A cette étape du processus électoral, il convient de tirer quelques leçons de ces élections, surtout de l’élection législative partielle dont le collège électoral est le plus important.

Nous partirons d’abord des constats avant d’en arriver aux leçons à tirer.

1-    DES CONSTATS

Les résultats de l’élection législative partielle du 6 juin 2010 révèlent un taux de participation très faible :

A-   Province de l’Estuaire 

·        1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville : sur 17651 inscrits, seuls 2456 électeurs se sont présentés dans leurs bureaux de vote respectifs, soit un taux de participation de 13,91% ;

·        1er Siège du département du Komo-Mondah (Ntoum) : sur 17539 inscrits, il n’y a eu que 5156 votants, soit un taux de participation de 29,40%.

B-    Province de l’Ogooué-Lolo

·        1er Siège du Département de Mulundu (Lastourville) : sur 7648 inscrits, il y a eu 3882 votants, soit 50,76%.

C-    Province de l’Ogooué-Maritime

·        2ème Siège du Département de Bendje (Port-Gentil) : sur 4109 inscrits, on a enregistré 1214 votants, soit un taux de participation de 29,54%.

D-   Province du Woleu-Ntem

·        1er Siège du Département du Haut-Como (Medouneu) : sur 3022 inscrits, 932 ont voté, soit un taux de participation de 30,84%.

Dans l’ensemble des 5 sièges considérés, sur 49969 inscrits, seuls 13640 électeurs se sont présentés à leurs bureaux de vote. Le taux de participation le plus faible est enregistré dans le 1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville avec 13,91%. Il n’y a donc pas lieu de plastronner. Un taux d’abstention aussi élevé que celui du 1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville est un signal à prendre au sérieux. Comment comprendre que 15195 électeurs sur 17651 puissent tourner le dos aux candidats ? Les listes électorales auraient-elles été gonflées ? Par qui ? Pour l’instant, nous pensons que c’est l’expression du ras le bol exprimé par les populations de ce siège. Elles voient d’un mauvais œil la manière de faire la politique dans leur circonscription. Nous dénoncions déjà, durant la campagne électorale, la pratique qui consistait à faire de la diffamation, de l’injure et du tribalisme le fond du programme politique. Cela a eu pour effet de retourner un bon nombre d’électeurs. La situation est identique au 1er Siège du Haut-Como (Medouneu), où celui qui revendique toujours la victoire  à l’élection présidentielle anticipée de 2009 n’a pas pu, lui aussi, mobiliser les 3000 électeurs de son siège. Il ne s’est contenté que d’un taux de participation de 30,84%. Relativement au nombre d’inscrits, il ne représente que 19,98% de l’ensemble de son électorat. Son score (66,89%), face à un néophyte de la politique n’est pas du tout honorable, pour un président de la République auto proclamé. Bref.

Si l’on rapporte maintenant les résultats des candidats proclamés élus au nombre d’inscrits, aucun candidat n’atteint 40%, même dans la circonscription qui a enregistré le taux de participation le plus élevé (50,76% à Mulundu). Il convient de souligner que ce rapport nous permet d’évaluer le niveau de légitimité ou de représentativité de nos élus. Ce rapport donne ce qui suit :

·        1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville

Ø Jean EYEGHE NDONG : 10,90%

·        1er Siège du Département du Komo Mondah

Ø Julien NKOGHE BEKALE: 19,79%

·        1er Siège du Département de Mulundu

Ø Régis IMMONGAULT : 39,44%

·        2ème Siège du Département de Bendje (Port-Gentil)

Ø Charles OTANDO : 15,08%

·        1er Siège du Département du Haut-Como (Medouneu)

Ø André MBA OBAME : 19,98%

Les chiffres qui précèdent font ressortir le fait que nos élus ne représentent, en réalité, qu’une fraction négligeable de l’ensemble de la population en âge de voter.

2-    DES LEÇONS A TIRER DES RESULTATS

Les chiffres donnés indiquent qu’un nombre considérable d’électeurs ne se reconnaît plus dans ses élus. En outre, ils mettent en évidence le phénomène d’ « aliénation » évoqué par Robert Lane lorsqu’il avait étudié la population d’Easport. En effet, les populations des sièges concernés par le fort taux d’abstention sont, comme le suggère Robert Lane, des « aliénés politiques », c’est-à-dire qu’elles se sentent étrangères à notre système politique. Elles ont le sentiment de ne pas être concernées par ce qui se passe au niveau des acteurs politiques. La situation incriminée ici ne pose-t-elle pas le problème de la contextualisation de notre système politique ?

Compte tenu de ce qui précède, et au-delà de tout triomphalisme, les acteurs politiques doivent concevoir un discours politique mobilisateur, débarrassé des propos diffamatoires, injurieux et tribalistes. Le nouveau système politique à mettre en place doit privilégier la participation de tous et de chacun dans la construction du Gabon. Cette participation doit amener la collectivité à reconnaître l’être humain comme une cellule fondamentale de sa propre existence et à lui permettre de se découvrir lui-même dans la plénitude de sa responsabilité. Des propos tels que telle personnalité politique est finie doivent être proscrits. Tant qu’un être humain jouit encore pleinement de toutes ses facultés physiques et intellectuelles, il peut toujours apporter sa contribution à la construction de l’édifice national.

Tout comme le mauvais rendement de notre système éducatif nous a fait prendre conscience de la nécessité de trouver des solutions idoines par le biais des Etats Généraux de l’Education, de même l’ensemble de la classe politique gabonaise doit prendre conscience de la nécessité de changer de pratique, en prenant au sérieux le message que les populations lui transmettent à travers leur abstention de plus en plus importante. Il faut éviter que ces populations se désinvestissent davantage.

                                                                                                                       

                                                                                                                            MBAESSOGHO

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Les commentaires sont clôturés

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×