Déclaration de Paul MBA ABESSOLE A LA CONFERENCE NATIONALE DE 1990

Je ne rêve pas, j’ai bien devant moi des Gabonaises et des Gabonais de différentes opinions politiques réunis pour confronter leurs points de vue, afin d’instaurer un système politique où la majorité se reconnaisse, quelle révolution.

Je voudrais rendre hommage, sans les citer, à tous ceux qui, morts ou vivants, ont préparé ce que nous vivons depuis cinq mois.

Nous pouvons être fiers de la victoire que nous avons remportée sur nous-mêmes. Nous avons réussi, les uns et les autres, casser les carcans idéologiques dans lesquels nous étions enfermés. Nous nous sommes libérés des dogmes désuets qui étaient plus au service des intérêts particuliers qu’à celui de ceux de la nation.

Chacun de nous a marché vers l’autre pour le comprendre dans sa différence. De là sont déjà nées des sympathies, peut-être des amitiés au-delà de toute idéologie.

Mais pour aller jusqu’au bout du chemin que nous avons emprunté, le MO.RE.NA. des Bûcherons, dont je suis le leader, estime que la préservation de l’unité nationale sans laquelle il nous est impossible de construire quelque chose de solide et de durable doit être notre souci constant.

Cette unité ne nous est pas donnée toute faite. Elle est un choix que nous faisons ensemble dans le respect, bien entendu, des richesses de nos différences. Elle se construit progressivement. Faisons donc le choix de notre unité, qui exige de chacun de nous des efforts sur soi : le dépassement de nos passions, de nos intérêts particuliers, de nos rivalités anachroniques.

L’unité nationale gabonaise a comme préalable aujourd’hui le PARDON.

Le PARDON est, en effet, pour nous actuellement une nécessité politique. Nous ne pouvons pas faire avancer notre pays si nous ne commençons pas par passer l’éponge sur un certain nombre de choses. Nous avons à nous libérer de la peur, des préjugés, des soupçons, afin de travailler dans la sérénité pour l’avènement d’un multipartisme responsable.

Car, la peur provoque l’agressivité et la violence toutes deux dévastatrices des communautés humaines.

Nous devons instaurer dans notre pays la NON VIOLENCE qui est l’arme des forts et de ceux qui gagnent.

Le MO.RE.NA. des Bûcherons n’a pas d’ennemis mais de simples concurrents politiques. Notre débat se situe résolument au niveau des idées. Nous refusons de nous livrer à des attaques personnelles, à des diffamations. Par contre, nous sommes sans complaisance pour la critique des idées. Nous n’accepterons aucune idée qui ne soit fondée dans les réalités gabonaises.

Parce que nous sommes respectueux des libertés, notre devise est «  CONVAINCRE ET NON VAINCRE ».

Nous avons bien conscience de l’importance de cette conférence et de l’étendue du dialogue qu’elle va instaurer dans le pays. Il est souhaitable que nous dépassions nos vues partisanes afin de voir d’abord ce qui est le meilleur pour notre pays.

Le multipartisme nous paraît aujourd’hui comme le système politique le plus à même de nous mener vers le développement au vrai sens du terme. Il ne pourra être efficace que si, ensemble, nous en posions les fondements. Une mobilisation des intelligences est nécessaire à cet effet.

Le travail de cette conférence doit être décisif. Le MO.RE.NA. des Bûcherons a lutté pour qu’elle se tienne. Nous avons négocié pour cela avec le Président de la République depuis plusieurs mois.

Nous avions cru bon, dans un premier temps, de passer par l’étape d’un Rassemblement pour permettre à toutes les formations politiques de s’enraciner dans le pays. Or, il s’avère que, devant les nouvelles données, ce Rassemblement est caduc. Les choses vont très vite.

Quelles nouvelles données ? La conférence a adopté deux groupes de réflexion, l’un pour ceux qui sont pour le Rassemblement, l’autre pour ceux qui y sont opposés. Il y a là une incohérence. Il ne peut y avoir des statuts pour ceux qui sont contre le Rassemblement et des statuts pour ceux qui y sont favorables. On ne peut pas accepter une République à deux vitesses. Si nous avons admis des groupes pour et contre le Rassemblement, nous nous trouvons de facto dans le multipartisme intégral, il faut se le dire clairement. Le refus du RSDG est désormais un combat d’arrière-garde. D’autres perspectives nous sont ouvertes.

Dans ce cas, le MO.RE.NA des Bûcherons s’affirme comme un PARTI autonome d’opposition en négociation avec le Président de la République. Dès lors, la conférence doit proposer une Constitution instituant le multipartisme et un code électoral garantissant des élections libres. Mais pour assurer une transition sans heurt, nous proposons un CONSEIL DES SAGES avec un statut juridique pour arbitrer le jeu de notre démocratie.

D’ores et déjà, le MO.RE.NA est prêt à aller aux élections législatives dans les meilleurs délais.

A propos des élections, nous exigeons la transparence ; on doit établir le patrimoine de toute personne candidate à un poste politique et cela, avant et après.

Nous estimons que le multipartisme intégral est là : le PDG, le Front et le MO.RE.NA des Bûcherons qui a pris ses responsabilités. Nous présenterons notre programme au pays, le moment venu. Mais, en avant-goût, nous vous disons que notre bataille sera :

-         ECONOMIQUE. Nous revendiquons une gestion financière rigoureuse, une exploitation rationnelle des richesses de notre pays, une infrastructure routière digne de ce nom, une agriculture performante.

Cette bataille est aussi :

-         SOCIALE. Nous voulons la gratuité de l’enseignement, la gratuité des soins médicaux, la baisse des prix à partir d’une nouvelle organisation du système douanier, qui aura, naturellement, des incidences sur les différentes taxes dont tout le monde se plaint.

Nous lançons un appel à tous à rejoindre les rangs du MO.RE.NA des Bûcherons pour construire un Gabon nouveau dans la Solidarité, la Concorde, la Liberté.

 

                                                                     Libreville, le 4 avril 1990

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Les commentaires sont clôturés

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×