L'ACCESSION A L'INDEPENDANCE OU LE CINQUIEME TOURNANT MANQUE PAR LE GABON

L’ACCESSION A L’INDEPENDANCE OU LE 5EME TOURNANT MANQUE PAR LE GABON

Nous poursuivons la publication des extraits de l’œuvre de Paul MBA ABESSOLE intitulée LE GABON OU LE MALENTENDU PERMANENT. Il s’agit du 5ème Tournant manqué par le Gabon, selon l’auteur.

 

« Notre pays est devenu indépendant, le 17 août 1960. Cet évènement aurait dû être l’aboutissement normal d’un processus pensé, maîtrisé, mais il n’en a rien été. Nous nous sommes  comportés, depuis 1945, comme si notre pays n’avait pas eu des résistants comme Emane Tole de Ndjolé, Nzibe Nsie de kango, Nyonda Makita de Moabi, Wongo de Lastourville. Il faut le dire, l’indépendance nous est tombée dessus. L’importance de cet évènement aurait dû nous obliger à nous retrouver pour décider ensemble des grandes orientations pour l’avenir de notre pays, pour lequel certains ont versé leur sang. Nous sommes devenus indépendants dans le désordre, il faut le dire clairement.

Le numéro 90 de la revue française d’études politiques africaines de juin 1973 est consacré à la République Gabonaise. Les journalistes Gilbert Comte, Philippe Decraene et Yves Schaetzen y présentent trois études sur la politique intérieure de notre pays, sur place dans les relations internationales et sur l’évolution de son économie.

Je ne retiens ici, que l’article de Gilbert Comte. Il fait d’abord une constatation générale sur l’Afrique Noire ; il souligne l’existence des rivalités ethniques qui précédèrent presque partout l’émergence d’un véritable esprit national. Le Gabon n’était pas une exception de ce point de vue, mais s’en est sorti sans déchirements mortels.

Cependant, à la veille de l’Indépendance, se trouvaient face à face Jean-Hilaire Aubame, Chef de l’Union Démocratique et Sociale du Gabon(UDSG) et Léon Mba, Chef du Bloc Démocratique Gabonais (BDG). Pendant plus d’une décennie, leur antagonisme a dominé la vie politique du pays et accumulé de « redoutables poisons ». C’est dans ce climat qu’on se trouvait jusqu’à la proclamation de l’indépendance. Chacun défendait son parti, mais se souciait peu de l’avenir du pays. On n’avait pas pris la mesure de l’importance de l’accession d’un pays à l’indépendance.

Par rapport à l’indépendance, deux camps, deux points de vue. Celui de Jean-Hilaire Aubame et celui de Léon Mba. Le camp de Jean-Hilaire Aubame déclare, par son représentant, le 02/01/1960 : « Le moment est venu d’envisager dans un bref délai l’accession du Gabon à la souveraineté internationale au terme d’une réforme où le pays resterait avec la France et non au sein de la République Française ». Paul Ngondjout, parlant au nom du BDG, le 09 février 1960, déclara : « Eu égard à l’insuffisance présente des cadres administratifs et techniques autochtones, je préfère à l’indépendance totale et nominale, qui plongerait l’Etat Gabonais dans un néo-colonialisme, la souveraineté interne actuelle qui lui permet de se préparer de manière efficiente à assurer ses responsabilités internationales ».

Mais pendant que les partisans de léon Mba et de Jean-Hilaire Aubame s’étripaient à Libreville, les vraies décisions se prenaient à Paris. Ce que rapporte Luis Sanmarco, dans son livre « Le colonisateur colonisé » en témoigne éloquemment. Dernier administrateur colonial, l’auteur du livre dit avoir été chargé d’aller négocier à Paris le statut de Département du Gabon. Malheureusement pour lui, d’autres décisions l’y attendaient. Je le cite : « Je fus reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Le Ministre Cornut-Gentil fut même désagréable : « Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête ??? Allez, l’indépendance comme tout le monde ! ». Voilà comment notre statut de Gabon souverain nous a été accordé. Nous n’étions pas prêts à ce changement. Car, au préalable, pas de réflexion, pas de concertation.

C’est ainsi que le 17 août 1960, à minuit, Léon Mba proclama notre indépendance en des termes très émouvants : « En invoquant Dieu et à la face des hommes, par délégation des pouvoirs que je tiens du peuple gabonais, et en vertu du droit de ce peuple à disposer de lui-même, je proclame solennellement l’indépendance de la République Gabonaise ».

L’indépendance était là, mais un paradoxe demeurait : le camp qui ne souhaitait pas l’indépendance, sept mois auparavant, en devint le gestionnaire et celui qui le voulait, dans les plus brefs délais, était relégué dans l’opposition. Nous sommes devant le cinquième malentendu. En fin de compte, à cause du manque de concertation, aucun des deux camps n’était prêt à gérer véritablement une souveraineté internationale"

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