L'ELECTION DU PREMIER MAIRE DE LIBREVILLE OU LE PREMIER TOURNANT MANQUE DU GABON

Dans sa publication intitulée « LE GABON OU LE MALENTENDU PERMANENT », Paul MBA ABESSOLE, Président du Rassemblement Pour le Gabon (RPG), ancien Maire de Libreville et ancien Vice Premier Ministre, se propose de présenter quelques tournants importants de l’histoire politique du Gabon. De son point de vue, ces tournants ont, à des degrés divers, marqué les comportements actuels des Gabonais. Les Gabonais n’ont pas su prendre leurs responsabilités pour susciter une dynamique spécifique à leur histoire politique. L’auteur souhaite que les Gabonais sortent du malentendu permanent dans lequel ils se sont enfermés.

MBA  ABESSOLE retient 9 tournants manqués par le Gabon qui sont :

1-La fondation de Libreville

2-Les élections législatives de 1945

3-Le Congrès Pahouin de Mitzic

4-Le Référendum de 1958

5-Notre accession à l’Indépendance

6-Le coup d’Etat du 18 février 1964

7-La période des négociations entre le Président de la République et le MORENA en 1989

8-La Conférence Nationale de 1990

9-Les élections présidentielles de 2005 et les législatives de 2007

 

 

Dans le cadre du présent article, nous parlerons d’abord du premier tournant qu’est la fondation de Libreville.

 

LE PREMIER TOURNANT : L’ELECTION DU PREMIER MAIRE DE LIBREVILLE

 

Chacun sait que notre Capitale a été fondée, le 25 août 1849, par la volonté d’Edouard Bouët Wuillomez, Gouverneur Général du Sénégal qui écrivait, le 18 juillet 1849 : « Je ferai tracer ce village auquel je donne le nom de Libreville, non loin du fortain Français ». Ainsi, à l’instar des Anglais qui venaient de fonder, à la même époque, avec des esclaves libérés, la ville de Freetown, Capitale de l’actuelle Sierra Leone, Bouët-Wuillaumez décidait-il, à son tour, de créer sa ville libre. Il choisit le comptoir du Gabon qui a abandonné le nom de Fort d’Aumale en 1848, après l’abdication du Roi Louis-Philippe et l’instauration de la République en France. Il arriva donc du Sénégal, répartis entre deux groupes séparés, 27 hommes, 23 femmes et 2 enfants, pris du contingent des 272 premiers esclaves libérés par « l’Australie » qui avait arraisonné, le 30 mai 1846, un bateau brésilien « l’Elizia », transportant une cargaison d’esclaves.

On remarque que la vie municipale de notre Capitale a commencé, dès sa fondation. En effet, des élections démocratiques y furent organisées avec les 27 rescapés de « l’Elizia ». Mountier, signant d’une croix, fut élu comme premier Maire de Libreville, le 25 août 1849, avec un adjoint nommé Pilate, à l’issue d’un vote secret dont le résultat, au 2ème tour du scrutin, fut 14 voix sur un total de 27 votants.

Le nouveau Maire devait être assisté par un Conseil d’Administration, composé de fonctionnaires et de notables, mais les chefs et les notables locaux de Glass et de Louis en étaient exclus, car ils ne faisaient pas encore partie de Libreville.

Le rôle du Maire était de surveiller et de faire la police du village. Il était habillé d’un uniforme : redingote bleue, pantalon en drap, casquette galonnée d’or ; il tenait une canne.

Mais, très vite, Mountier eut des difficultés avec l’autorité coloniale. Il estimait, en effet, qu’en tant que Maire, il devait être dispensé du travail de la terre, payé et nourri par le gouvernement, afin qu’il pût assurer la surveillance et faire la police. C’est à la suite de cette revendication qu’il fut limogé et remplacé par son adjoint, Pilate.

C’est par le limogeage de Mountier, remplacé par son adjoint, que se manifeste la tare originelle des Gabonais. Pilate a été soudoyé par l’administration coloniale afin d’amener son titulaire à la chute. En fait, Mountier et son adjoint n’avaient pas des convictions communes. Autrement dit, ils étaient divisés politiquement parlant. Les revendications du Maire préparaient l’avenir. Le Maire et son Adjoint auraient dû en avoir une vision commune. Le fait que son adjoint, Pilate, lui ait succédé, après un acte antidémocratique de l’administration coloniale, montre plusieurs choses :

-         que Pilate a dû travailler secrètement avec l’administration coloniale ;

-         que Mountier et Pilate n’avaient pas consensuellement formulé des revendications pour donner à leur fonction une consistance ;

-         que les colons ne respectaient pas le principe démocratique. Quels arguments, en dehors de la raison du plus fort, ont-ils pu utiliser pour limoger un Maire démocratiquement élu et dont, en définitive, les revendications étaient légitimes ?

En conclusion de ce qui précède : « Pas d’avenir durable sans un consensus solide »

 

Le prochain article portera sur le deuxième tournant manqué, à savoir, l’élection pour l’Assemblée Nationale Française.

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