Premières rencontres OMAR BONGO -MBA ABESSOLE (suite)

Cette première rencontre avec le Président de la république fut la base de tout ce qui devait suivre. Il la conclut ainsi :

« Votre manifeste, nous allons le lire et l’appliquer ensemble ici, non pas vous là-bas et moi, ici. Nous ferons une petite révolution sur nous-mêmes. Je veux avoir l’avis de tout le monde ». La Conférence Nationale était sous-jacente… !

            Mais avant que l’on sache l’avis de tout le monde, une équipe fut mise en place. Elle était composée des militants du PDG et du MORENA. Nous nous mîmes au travail pour préparer la rencontre nationale. Il fit, à cet égard, rédiger une proposition des statuts du cadre à l’intérieur duquel, pensions-nous, il fallait travailler pour arriver progressivement au multipartisme intégral. Ce sont ces statuts que nous allions proposer à l’approbation de tout le monde. Naturellement, nous comprenions bien qu’on pouvait y apporter des amendements. Notre souhait essentiel était d’arriver à un consensus qui nous aurait permis d’avancer ensemble dans le respect de la sensibilité de chacun.

            Mais, pendant que nous discutions, je sentis que des fissures allaient se faire au sein du MORENA. Jean-Marie Nguema Mintoghe, certainement de connivence avec Oyono Aba’a et les autres étaient devenus tellement intransigeants que si on avait suivi leur point de vue on aurait arrêté purement et simplement les négociations. Les amis de Nguema Mintoghe commencèrent à répandre dans l’opinion que j’étais un traître, que je cachais ce que le Président Bongo me disait, que j’avais adhéré au PDG et que je travaillais pour la disparition du MORENA. C’est dans cet esprit que, lors d’une de leur réunion, le 22 janvier 1990, ils prononcèrent mon exclusion du MORENA qui n’avait même pas encore d’existence légale au Gabon.

            Puis commença alors une campagne contre moi, soutenue et répercutée même dans l’Eglise du Gabon par un frère dans le sacerdoce, l’Abbé Noël Ngwa Nguema. Celui-ci fut le rédacteur d’un brûlot « Le pari gagné » contre moi, publié le 5 mai 1990. Par cet écrit, il voulait en finir, une fois pour toutes, avec Paul Mba Abessole pour qu’on parle des choses plus sérieuses. Il fallait dévoiler autant que possible ses turpitudes passées et présentes. On devait comprendre qu’on ne pouvait pas me faire confiance.

            Je ne répondis à aucune attaque. Mais je n’en étais pas moins peiné, surtout que cela était orchestré par un prêtre comme moi. Une certaine opinion pensait qu’il fallait combattre un prêtre par un prêtre ! Tout cela ne m’ébranla pas, j’avais à côté de moi deux rocs : Jean-Marie Aubame-Ndong et jules Mbah-Bekale, tous deux anciens prisonniers du MORENA. Ils ont toujours été avec moi face à tous les assauts dirigés contre moi.

            Tous me disaient « Garde ton courage. Souviens-toi de ce qu’a subi Léon Mba. Il a été condamné à l’exil sous l’instigation de ses frères Fang et de ses amis Pongwé, puis déporté en RCA. Ses adversaires ou ennemis croyaient en avoir fini avec lui, mais il est revenu. Souviens-toi aussi de Jean Hilaire Aubame. Tant que tout allait bien pour lui, il était adulé et respecté par tous mais après 1964, il était même fui par ses amis. ». A ces encouragements, j’ajoute une réflexion que me fit le Président Omar Bongo, au cours d’une audience, par rapport aux manœuvres d’intimidation dont j’étais et suis encore victime aujourd’hui. « Paul, tu vas maintenant connaître nos compatriotes ; il ne faut pas attendre qu’ils te soient reconnaissants. Fais seulement le bien que ton cœur t’inspire. Fais le pour le pays. C’est tout… ».

            Comme je m’y attendais, le divorce fut consommé entre notre MORENA et celui d’Oyono Aba’a (MORENA originel) et celui de Jean-Pierre Nzoghe-Nguema que nous appelions MORENA calebasse cassée. Oyono Aba’a et Max Mebale étaient, en effet, entrés au Gouvernement formé, le 26 novembre 1990, après les élections législatives d’octobre 1990. Celui à la tête duquel j’étais s’appelait le MORENA des Bûcherons. Les rivalités étaient telles qu’on voulait même interdire  que ma fraction ne porte pas le nom du MORENA. On l’avait écrit au Ministre de l’Intérieur qui était alors Antoine de Padoue Mboumbou Miyakou. J’en reçus une copie, je ne sais plus par qui. La lettre signée de J.P. Nzoghe-Nguema demandait d’interdire que mon parti porte ce nom. Décidément j’étais la bête à abattre ;

            Informés de toutes les intoxications dont j’étais victime, Jean-Marie aubame-Ndong et Jules Mbah-Bekale, mes conseillers, me firent comprendre qu’il fallait préparer une déclaration à la télévision pour que l’opinion comprenne notre position. C’est ainsi qu’ensemble nous avons préparé une déclaration, datée du 24 janvier 1990, où nous exprimions notre satisfaction par rapport à la création d’une Commission Spéciale pour la démocratie dans le pays. Cela témoignait, à nos yeux, d’une avancée remarquable.

            Au vu de cela, nous avons accepté de participer à la vie politique nationale dans le cadre de la Majorité Présidentielle, selon les modalités à fixer par le Président de la République, Chef de l’Etat. Pour la première fois, le concept de la Majorité Présidentielle était émis. C’est dans ce contexte que nous avons préparé la Conférence Nationale. Je pressentis qu’on se préparait à reproduire tout ce que nous avions vécu depuis 1945. Toutes les divisions étaient là : dans l’opposition comme dans la Majorité. Chacun poursuivait ses intérêts partisans, mais n’avait que faire des intérêts communs.

 

                                        Paul MBA ABESSOLE

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Les commentaires sont clôturés

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×