L'ARGENT ET LES ELECTIONS

L'ARGENT ET LES ELECTIONS

L’ARGENT ET LES ELECTIONS
Au moment où il est de plus en plus question du rôle prépondérant de l’argent dans les élections politiques, il nous plaît d’en parler ici afin de mettre en évidence les liens qui existent entre les deux. Avant d’examiner l’influence de l’argent sur les résultats des élections et de relever ses manifestations ainsi que les conséquences de celle-ci, nous définirons l’argent et l’élection pour terminer avec quelques esquisses de remédiation de la situation incriminée.
COMMENT PEUT-ON DEFINIR L’ARGENT ?
L’argent est un instrument de paiement, un outil formidable de civilisation qui nous a permis de sortir du troc, d’épargner et de nous coordonner par le marché. Il nous permet de nous rendre compte de la valeur relative des biens et de faire des choix en conséquence. Sans argent en tant qu’unité de compte, pas de mécanisme des prix, pas de calcul économique, pas de prospérité, pas de civilisation. L’argent rend possibles des échanges qui seraient beaucoup trop complexes et donc impossibles avec le simple troc. Il se caractérise par la confiance qu’ont les utilisateurs dans la persévérance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d’échange. Il est multidimensionnel : dimensions politique, sociale, psychologique, juridique et économique.
QU’EST-CE QU’UNE ELECTION ?
L’élection est le choix (du latin electio), la désignation, par le vote d’électeurs, de représentants destinés à occuper une fonction en leur nom. La population concernée transfère, par le vote de sa majorité, à des représentants ou mandants choisis, la légitimité requise pour exercer le pouvoir attribué, fonction censée être par ailleurs définie et orientée par le biais d’un contrat politique. Dans le cadre des régimes et des institutions politiques, l’élection est revendiquée comme étant le mode le plus légitime d’accession au pouvoir. Cette revendication n’épuise pas le débat de fond sur le caractère foncièrement démocratique du déroulement et du résultat de cette élection.
L’élection est un choix qui permet d’identifier des élites, des personnes considérées comme les meilleures, les plus remarquables d’un groupe, d’une communauté. Pour ce faire, la légitimité (du latin legitimus, fixé par les lois, conforme aux lois) est nécessaire. La légitimité est le caractère de ce qui est :
- fondé en droit ou en justice, reconnu par la loi ;
- Conforme à la constitution ou aux traditions politiques ;
- Conforme à l’équité, à la morale, à la raison ;
- Justifié, bien-fondé.
La légitimité est la capacité d’une personne ou d’un groupe à faire admettre sa domination, son autorité sur les membres d’une communauté ou d’une société. La légitimité ne se fonde pas uniquement sur le droit mais peut mettre en œuvre différents critères tels que le sexe, l’âge, les origines, la tradition, la richesse, le statut, les appuis, les titres, la connaissance, l’expertise.
L’INFLUENCE DE L’ARGENT SUR LES RESULTATS DE L’ELECTION
Nous avons précédemment montré l’importance de l’argent dans notre vie quotidienne. Nous avons aussi affirmé que l’argent est un formidable outil de civilisation. Nous avons également parlé de l’enjeu d’une élection, le choix des élites qui bénéficient de la légitimité nécessaire. C’est cette dernière qui leur donne la possibilité de faire admettre leur pouvoir, leur autorité. Il apparaît qu’en dépit de son statut d’outil de civilisation, l’argent vient souvent altérer le choix de nos représentants, de nos élites par l’usage qu’on en fait, la corruption. Il permet, dans de nombreux contextes, la mise en place des personnes indûment désignées. En effet, il n’est pas rare de voir des élections « remportées » par des candidats inquiétés par la justice ou de moralité douteuse parce qu’ils sont riches et capables de distribuer des billets de banque aux électeurs pour acheter leurs consciences.
Nous constatons malheureusement que de nombreux citoyens ne font aucun lien entre les scandales de corruption et les élections parce que aveuglés par quelques billets. Ainsi peut-on souvent entendre des propos tels que : « Oui, il a volé, mais il a aussi fait des choses pour la communauté ». Ces gens oublient cependant que ces élections constituent un miroir qui force le pays à se voir tel qu’il est. Personne d’autre ne vote pour eux. Quand on vote, on choisit des candidats qui distribuent de l’argent pour orienter le vote des électeurs sans leur présenter un projet crédible. Cette attitude est de nature à altérer la sincérité du scrutin et à en vicier les résultats. Les idées ont très peu de place dans un tel contexte.

COMMENT Y REMEDIER ?
Pour combattre les pratiques dénoncées ci-dessus, il est important d’opérer une révolution de soi sur soi par l’apparition d’une nouvelle volonté politique fondée sur ce que Albert TEVOEDJRE appelle le devoir de liberté, le devoir de liberté par rapport à l’argent. Il est nécessaire de reprendre la liberté de même qu’il a fallu se libérer de la volonté de puissance des nations impérialistes. L’impérialisme de l’argent signifie la confiscation de notre liberté de choisir. La liberté suppose le rejet de la poursuite acharnée des biens matériels qui finit par nous asservir. Ce n’est pas l’argent qui nous donne notre consistance. Il faut faire la différence entre l’être et l’avoir, privilégier notre dignité. L’attitude de l’humanité vis-à-vis de l’argent est marqué par la cupidité, la jalousie, les désirs matériels. Il convient donc de garantir un processus électoral juste et équitable, libre de toute corruption ou autre mesure susceptible d’influencer une électeur, un candidat ou un fonctionnaire électoral. Quand un candidat offre ou accepte un pot-de-vin ou s’adonne à une forme de corruption pour favoriser son élection, de lourdes sanctions doivent être prévues et appliquées, pour éviter les conséquences d’une élection corrompue.
En conclusion, l’on peut retenir que l’argent est un bien nécessaire quand il est bien utilisé, que l’élection doit permettre le choix des élites, des meilleurs candidats, des personnes honnêtes, dignes qui privilégient des idées et qui ne s’imposent pas par la corruption. Si nous voulons choisir des candidats qui respectent les électeurs et les contrats passés avec eux, nous devons donc combattre avec la dernière énergie toute pratique visant à altérer la sincérité du scrutin.
Fait à Libreville, le 1er Mars 2017
BINDENG AKUNG

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