LA CORRUPTION STRUCTURELLE AU GABON

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La corruption structurelle au Gabon

La corruption passe aujourd’hui pour un fait divers banal qui séduit le public et les médias. Ce concept a déjà fait l’objet de nombreuses études. Les spécialistes de la question le déclinent comme un abandon de valeurs référentielles systémiques. L’économie de marché et l’économie publique se trouvent mises en présence d’un nouveau phénomène et produisent, dans certaines conditions, la formation d’une nouvelle économie, débridée et souterraine et répondant à aucune des logiques profondes de l’une ou de l’autre. Certes les Gouvernements mettent-ils en place des mesures pour lutter contre ce fléau. Mais le ton du texte ne donne pas l’essentiel de ses atours. Nous déclinons juste un aspect du problème : la corruption structurelle.

Le concept : qu’est-ce à dire ?

Alexis de TOCQUEVILLE rappelait qu’il est tout à la fois nécessaire et désirable que le pouvoir central soit actif et puissant. Puisque l’efficacité du système de décisions publiques et leur suivi sur le terrain assurent sa stabilité socioéconomique et politique. Or depuis 1990 au Gabon, nous ressentons quelque chose de pourri à propos. En un mot, il y a une efficacité décroissante dans la gestion du pouvoir, des fonds et des services publics. Le pays est alors gagné par une espèce de corruption structurelle, puisque ses avatars manqués ruinent sa construction. En effet après 52 ans d’indépendance, on s’attendait à ce que des pans entiers de la société soient construits. Malheureusement, tel n’est pas le cas. Cette situation, devenue de plus en plus pernicieuse, présente un pays qui avance à reculons. Et même depuis 1990, date du retour au pluralisme politique, le pays n’a pas prospéré à l’aune de ses potentialités. L’essentiel des projets engagés depuis lors ont du mal à aboutir. C’est là un véritable mythe de Sisyphe où d’année en année, les mêmes problèmes se posent avec les mêmes simulacres. Et nous tombons là dans ce que d’aucuns appellent : Le provisoirement définitif. Cette expression apparaît en 1993. Elle vient, à l’occasion, enrichir le vocabulaire de notre champ politique. En effet, c’est avec le Ministre de l’Intérieur d’alors, Antoine de Padoue MBOUMBOU MIYAKOU, qu’elle fait florès, surtout lorsqu’il s’est agi de proclamer et de confirmer précipitamment la réélection d’Omar BONGO comme président de la République. Et depuis, le concept a été adopté par les Gabonais [ses]. Nous l’utilisons là et aujourd’hui non pas pour retracer ce fait de 1993, mais pour montrer son versant [in]conscient dans la construction du pays. Ce provisoirement définitif frappe ainsi à la porte de chaque Gabonais[ses], sans exception. Il traduit le caractère à la fois précaire et éphémère des différents chantiers engagés par l’Etat pour le compte des populations.

Quelques exemples d’illustration

Trois parmi tant d’autres suffisent à éclairer davantage notre propos, à savoir : le problème de la SEEG, les éléphants blancs et le phénomène des églises dites du réveil.    

L’eau et le courant. Nous retenons que cette question crée déjà, auprès des populations, un sentiment de résignation avec les coupures d’eau et de courant par la SEEG. D’où l’expression : « on va encore faire comment ? » Pourtant de 1990 à 2012, ce secteur vital est au cœur des préoccupations des gouvernements successifs, à en croire sa privatisation en 1996-1997. Soulignons que le principe de la privatisation [Gabon : Loi n°1/96 du 13 février 1996] suppose que l’entreprise concernée inaugure de perspectives heureuses avec de nouveaux investissements qui contribuent à améliorer sa productivité. Mais ce à quoi nous assistons avec la SEEG, ce sont plutôt des performances régressives. Les coupures d’eau et de courant se multiplient sans justification ni explication, au grand dam des consommateurs. Cette situation jette l’opprobre sur nos dirigeants et décrédibilise le Gabon aux yeux du monde, et surtout que les structures les conduisant sont d’une autre décennie.

Les éléphants blancs. Nous touchons là le cœur de l’actualité politique. En effet lors de sa Déclaration de Politique Générale jeudi, le 12 avril 2012, l’actuel Premier Ministre, Raymond NDONG SIMA, fut apostrophé sur le sujet par le président de l’Assemblée Nationale, Guy NZOUBA NDAMA. Par sa voix, les Honorables députés rappelaient au Chef du Gouvernement l’énorme gâchis de l’Etat à travers le phénomène du provisoirement définitif de ses structures en attente de finition, des fêtes tournantes à maintenant. C’est en ce sens que, du 5 au 11 octobre 2012, le bureau de l’Assemblée Nationale a récemment séjourné dans la province de la Nyanga afin d’y toucher la réalité du doigt. Ainsi, au-delà d’un camouflage politique de cette démarche, Guy NZOUBA NDAMA et les siens ouvrent là un camouflet, une boite de Pandore qui pourrait créer de la brumaille entre l’Exécutif et le législatif. Pour une fois, les députés se saisissent du dossier et interpellent directement le décideur politique sur des conséquences de ces actes manqués qui retardent le pays et pénalisent les populations. Le district de NDOUGOU, dans la province de l’Ogooué Maritime, en souffre avec l’abandon de son centre médical par l’Etat. Sur ce sujet, la liste est longue : les interminables chantiers du pays, les ordures ménagères ou encore l’absence d’un tissu déconcentré du système bancaire, etc.

Les églises dites du réveil. On ne glosera jamais assez sur elles. Il y a quelques semaines déjà, les habitants de Libreville apprirent avec émoi la scène épouvantable du P.K.5 où un prétendu pasteur séquestra, tua et enterra une jeune étudiante. Cette affaire relança du coup la problématique des églises éveillées dans les villes gabonaises, notamment Libreville. Notons que des premières activités religieuses du XIXe siècle au tournant des années 1990, de pareils phénomènes n’étaient pas légion. Mais après la proclamation des libertés en 1990, certains individus, généralement de nationalités étrangères, torpillent notre Constitution. Ils s’appuient sur l’alinéa 2 pour causer du tort sur le 1 de l’Article 1er de la Loi fondamentale et de l’Arrêté municipal n° 001/2000 portant règlement sanitaire, d’hygiène et de salubrité publique pour la commune de Libreville, en son article 18. Jours et nuits, ces papas pasteurs s’adonnent à leur activité sans aucune crainte d’être admonester. Or, nous savons que pratiquer de telles occupations nécessite l’autorisation, le contrôle et le suivi du Ministère de l’Intérieur via ses institutions déconcentrées et décentralisées. Tel n’est pas le cas aujourd’hui dans les villes du Gabon où se sont déjà inscrits l’affrontement entre la société ouverte et le chaos de la liberté, symbolisés par la démocratie. A cet effet, nous partageons avec Aleksandr Issaïevitch SOLJENITSYNE que nous cédons nous-mêmes à la corruption [et que] nous n’avons plus le nom d’hommes. Nous passons donc d’une société apaisée à une société de la peur où le citoyen se trouve ruiné, décervelé par des discours politiques démagogiques qui font naître petit-à-petit des relents de xénophobie face à l’exaspération signalée.

Quelle[s] médiation[s] à opérer ?

Edmund BURKE écrivait qu’un Etat qui n’a pas les moyens de sa réforme, n’a pas les moyens de sa conservation. A ce sujet et à regarder le Gabon, c’est le paradoxe que l’on voit. Le pays dispose pourtant des atouts indéniables. Seulement, le rôle de l’Etat ne doit plus relever d’une nostalgie pour une grandeur à rechercher, mais de ces faits têtus dont le caractère désagréable condamne les populations. Les Gabonais[ses] sont d’ailleurs convaincus[es] que le pays traverse une nouvelle crise nationale d’une intensité palpable depuis des années. Une crise qui mêle le rejet des institutions de la République par les populations, le discrédit des dirigeants et les élites coupées des réalités du pays, la régression économique et sociale, etc. Mais tous ces faits ne sont pas nés ex nihilo. Ils relèvent d’une succession d’erreurs stratégiques, et plus encore de la bulle de mensonges dans laquelle s’est enfermée la vie politique depuis 1990. De même, le redressement n’a rien d’automatique : il dépend que des Gabonais[ses] s’engagent dans un examen de conscience nationale pour moderniser leur pays. En ce sens, l’objectif est clair : c’est celui de [ré]inventer un modèle propre gabonais adapté au monde actuel. Car, le pays semble aller à vau-l’eau. Par conséquent, notre élite dirigeante doit comprendre que nous n’avons pas un autre pays en réserve  encore moins en échange. En tant que dépositaire de l’autorité et les moyens de l’Etat, elle a l’obligation de tracer la voie, d’élaborer les projets sociaux à court, moyen et long terme, de définir les stratégies de la bonne gouvernance et de veiller scrupuleusement à ce que tout argent public injecté dans un projet collectif ou non soit utilisé à bon escient. Cela nécessite une révolution et une évolution des mentalités. Certes le pays dispose-t-il déjà d’une Agence Nationale des Grands Travaux capable d’expertiser l’imbroglio structurel actuel. Mais le temps presse pour les populations de voir germer véritablement les semences de ce versant structurel du Gabon-Emergent à l’aune des enjeux divers actuels. Tel est, en un mot, une des approches de cette corruption structurelle au Gabon.

 

Pascal NDONG NGOUA

Administrateur à la Refondation

                                                                                                        Docteur en sciences politiques           

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